jeudi 6 janvier 2011

Jeudi, c'est péniche.

Après la pause festive de fin d'année passée pour moitié en Bretagne et pour moitié dans le Nord, de retour au service des hébergés de la Péniche du Coeur pour le jeudi soir. Et ma foi, ça fait du bien. J'avais vraiment hâte de retourner sur la péniche. C'est là que je me dis que je ne fais pas fausse route. Pour reprendre en partie l'expression d'une amie : "ça fait du bien en dedans de moi". Un hébergé qui me reconnaît et se détourne de son occupation pour venir me souhaiter spécialement la bonne année... ça fait chaud au coeur. 

Je n'ai pas grand chose de plus à dire sur cette soirée. Elle s'est déroulée calmement. J'ai été responsable de soirée. Pour ma deuxième expérience en la matière, j'ai un peu l'impression d'être à la fois inutile, parce que je n'ai pas de tâche définie comme "faire la plonge" ou "faire le service", ce qui me conduit parfois à me sentir un peu poids mort à côté de ceux qui exécutent leurs tâches, et overbookée parce que je dois répondre à toutes questions. À mesure où je prends un peu plus d'assurance sur les us et coutumes de la péniche, et vis-à-vis des hébergés, le fait d'être responsable ne me parait plus aussi inquiétant qu'au départ.

Il y a un truc avec lequel j'ai encore du mal : refuser de donner une fois passée l'heure. Il est toujours difficile de dire non. Plus encore de tenir lorsque la personne en face, un jeune, nous répond : "mais pourquoi tu me fais ça madame ?". En l'espèce, à presque 22H, soit l'heure à laquelle nous devons avoir rendu tous les portables qui étaient à charger dans le vestiaire, il est venu me voir alors que je bouclais en me demandant s'il lui était possible d'avoir une serviette. Je lui ai dit que normalement il aurait dû venir entre 18h30 et 19h30, heure à laquelle le vestiaire est ouvert pour toutes ces questions, puis, comme je suis là et que ça ne prend vraiment pas de temps, je lui demande sa serviette pour faire l'échange.

Note d'explication : afin d'assurer la permanence de serviettes propres, un roulement est fixé. Une serviette sale contre une serviette propre. De telle sorte qu'on ne se retrouve pas comme l'été dernier avec... trois serviettes. On cherche encore comment on a pu en arriver là. Mais bref...

Là, il m'explique qu'il a pris sa douche, laissé la serviette dans l'évier le temps de faire je-ne-sais-plus-quoi et qu'on lui a pris. Du coup, il n'a pas de serviettes à échanger. On me dira à ce moment là : "bah, donne lui sa serviette". Sauf que ce genre de situation... c'est presque hebdomadaire. "J'ai oublié ma serviette", "je ne la retrouve plus", "ça fait trois semaines que j'ai la même serviette, je l'ai jetée tellement elle sentait mauvais" etc... Donc oui, "pour une fois", je me le suis souvent dit. J'ai même cédé quelque fois pour d'autres choses. Mais j'ai toujours regretté, parce que ça devient vite un cercle vicieux. Bien sûr, j'aimerai pouvoir donner dès que le besoin se fait sentir. Sauf que la péniche n'en a pas les moyens. Les petits biens qu'on peut leur offrir sont en nombre limité et nous sommes obligés d'en restreindre l'accès. Un rasoir de plus parce que ce n'est qu'un bic jetable ? Oui, j'aimerais en donner un de plus à cet hébergé qui en demande un de plus. Sauf qu'il y a 80 hébergés, et nous n'avons pas plus d'une cinquantaine de rasoirs qui peinent à se renouveler aussi vite qu'ils ne disparaissent. De même que pour les produits d'entretiens de base, les sous-vêtements etc...

La rareté prend ici toute sa réalité. Et elle oblige à fixer des règles strictes pour une plus grande équité. Une heure d'ouverture de vestiaire, entre 18h30 et 19h30, durant laquelle il est possible d'accéder, si on a une carte de vestiaire établie par le référent social de la péniche, aux dons qui ont été fait à la péniche (chemises, produits d'entretiens, pantalons, chaussures etc...) et à l'échange de serviette. Nous ne distribuons pas de draps, parce que c'est une autre équipe qui s'en charge et que nous ne connaissons pas les règles de répartition. Nous ne pouvons donner qu'à hauteur d'un objet de chaque type (nous ne donnerons pas 2 rasoirs par exemple), parce qu'il n'y en a souvent pas pour tout le monde. Il nous faut même parfois regarder ce à quoi l'hébergé à déjà eu accès la semaine précédente. 

Ceux qui respectent l'horaire et qui arrivent les premiers sont souvent les mieux servis, parce que nous donnons à mesure qu'on nous demande. Il n'y a pas de réservation. Une fois l'heure du vestiaire passée, nous ne donnons plus que certains produits d'entretiens. J'ai souvent dû refuser de donner un t-shirt ou un pull passé l'heure. Si on peut trouver cela abuser, il faut savoir que la péniche n'est pas seulement un centre d'hébergement, c'est également un centre de réinsertion. Et nous devons participer de l'autonomisation progressive de l'hébergé. Or, on nous a bien souligné, à nous les bénévoles, que céder à leurs envies au détriment des règles établies, ça n'était pas les aider à se replacer dans un cadre social où les règles sont importantes et souvent difficiles à contourner. Non seulement les dons sont rares à distribuer, mais en outre, le but est de maintenir un environnement cadré avec des habitudes régulières à prendre. 

Pour autant... c'est dur de dire non. Même si certains en jouent beaucoup, d'autres ont parfois vraiment besoin ou ont vraiment des raisons. Il nous arrive de faire des exceptions, mais elles doivent toujours être solidement argumentées face à d'autres hébergés qui pourraient être témoin de l'exception et réclamer la pareille. 

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