Comme tous les jeudis soir depuis le mois de mai, j'étais à la Péniche du Coeur, relais des Restos du Coeur. J'y fais un bénévolat de présence. Je viens d'inventer cette expression parce que je trouve que ça explique bien ce que je ressens ce soir.
Ce que je fais à la péniche ne suppose pas de grosses compétences. Selon les soirs, je peux aussi bien faire de la plonge, que du service ou de l'accueil. La péniche délivre un service d'hébergement transitoire aux personnes ayant des difficultés à subvenir à leurs besoins (à commencer par un logement) pour des raisons X ou Y. Ces personnes sont suivies dans le cadre d'un projet de réinsertion, et pour cela bénéficient de cette solution de logement où ils disposent d'un foyer relatif.
Les bénévoles sont là pour ajouter un peu de convivialité, pour apporter un peu de couleurs à la grisaille d'une situation qui n'est certainement pas facile à supporter tous les jours. D'où l'expression : "bénévolat de présence". Ce soir, j'étais au PC, chargée d'accueillir les hébergés en leur remettant leur carte d'accès aux chambres et d'accueillir "les camions". Tous les soirs, des camions se rendent à des lieux précis dans Paris (Austerlitz, Nation, République etc...) pour distribuer un repas chaud. Là, ils peuvent proposer un nombre défini de places sur la péniche pour que les bénéficiaires puissent passer au moins une nuit au chaud et à l'abri de temps en temps. La péniche dispose de 8 places complémentaires réservées à ces "camions", comme on les appelle.
Et bien, sincèrement, même si "être au pc" n'est pas l'activité la plus captivante parce qu'on passe beaucoup de temps à attendre au départ, il y a toujours un moment où on se sent remercié par le simple fait d'être là. Parce qu'on est souriant, parce qu'on les accueille en les respectant, parce qu'on leur ouvre les portes d'un modeste vestiaire composé de dons qui ressemble réellement à un trésor pour ces gens qui ne sont pas en permanence sur la péniche. J'ai constaté une vraie dichotomie entre les hébergés et les "camions". Beaucoup plus de reconnaissance immédiate de la part des "camions" quand la lassitude et l'agacement s'installent parfois chez les hébergés qui restent plus longtemps que prévu sur la péniche.
Je ne déplore pas cet état de fait, parce que c'est compréhensible, même si parfois le petit coup de gueule ou la petite exigence d'un hébergé va soulever une légère aigreur sur le moment parce que ressenti comme une injustice et une sorte de je-crache-dans-la-soupe-qu'on-m'offre. La lassitude est normale, et souvent passagère. Le bénévole doit le savoir. Si lui peut être fatigué ou agacé, l'hébergé en a tout autant le droit. Ce n'est pas parce qu'il profite de dons qu'il doit taire ses souhaits ou ses espoirs.
Toujours est-il qu'il y a toujours un moment où la soirée est éclairée par un sincère : "god bless you" ou un regard qui en dit long sur la gratitude qu'on nous témoigne. Quand on dit que le bénévole n'est jamais totalement dénué d'ambition dans son action, pour ma part, c'est sans doute la richesse de cette simplicité qui me rétribue le mieux pour ma présence sur la Péniche.